Lancy
Désormais troisième commune genevoise la plus peuplée, Lancy n’a commencé à grandir qu’à partir des années soixante. Désormais, la connexion est faite avec le tissu urbain de la ville de Genève. Les projets de logement se sont multipliés.
Faire le portrait de la ville de Lancy ? Facile à dire. Mais de quel Lancy parle-t-on ? Celui des villages du Grand-Lancy et du Petit-Lancy ou du plateau du Grand-Lancy, avec ses charmantes petites maisons individuelles ? Ou alors le Lancy du nouveau quartier de Pont-Rouge ? Ou encore celui, bien plus ancien, des Palettes ? En dépit de son urbanisation impressionnante, la commune demeure une juxtaposition d’identités et si la progression du bâti est une chose, elle n’exclut pas le maintien de poumons de verdure. La commune compte en effet pas moins de 33 hectares d’espaces verts et une trentaine de parcs, comme le parc Navazza, situé sous le cycle d’orientation de Saussure.
“Aujourd’hui encore, une partie des habitants refuse d’accepter que Lancy soit une ville”, note du reste Damien Bonfanti, conseiller administratif Vert, responsable de l’aménagement du territoire, de l’environnement, de la culture et du secrétariat général. “Avant que ne débute la construction du quartier des Palettes, au milieu des années soixante, nous étions en effet une petite commune de quelques milliers d’habitants. La pression démographique était très forte, ce qui a poussé les autorités cantonales à lancer les projets de construction des grands ensembles comme Le Lignon, Les Avanchets, Meyrin ou, justement, Les Palettes [au sud de la commune, ndlr]”, raconte l’édile.
La saga des constructions
La pénurie de logements étant quasi constante à Genève, de nouveaux quartiers et de nouvelles barres d’immeubles n’ont, depuis, cessé de voir le jour au fil des ans sur le territoire lancéen. On peut citer, dans les années septante, Les Marbriers (au nord de la commune, en face du cimetière Saint-Georges) et Les Mouilles (au sud-ouest), ou, plus récemment, La Chapelle – Les Sciers, vaste ensemble qui déborde sur la commune de Plan-les-Ouates, et qui loge, côté Lancy, 2 000 personnes. Quant à Pont-Rouge, un quartier qui a vu le jour en 2020, il est situé de part et d’autre de la gare du Léman Express – qui porte son nom – avec sa partie dédiée au logement (pour 1 800 personnes) et, côté ville, le quartier d’affaires de Gotham City, nom du projet architectural élevé sur ces anciens terrains CFF. Il faut encore nommer Le Bachet, avec une série d’immeubles mis en service ces deux dernières années de part et d’autre de la route de Saint-Julien.

URBANISATION
Petit regard en arrière
Une telle urbanisation ne va bien évidemment pas sans un impact sur le paysage. “Je me souviens qu’il y avait des prés là où on a édifié en 1978 le collège de Saussure”, se rappelle ainsi Viviane*, une ancienne habitante du plateau du Petit-Lancy où elle a vécu jusqu’à la fin des années septante. “Énormément de choses ont changé, mais certains endroits, comme le chemin où j’habitais, sont restés quasi identiques, poursuit la sexagénaire. C’est contrasté.” L’enfance de Viviane, c’était le temps où le brouillard pouvait être tellement dense “que l’on pouvait presque se cacher dedans”. Une époque où la venue d’un berger avec son troupeau à côté de son école primaire enchantait tous les gamins. * Prénom fictif
750 logements à Surville
Et ce n’est pas fini puisque le projet de Surville, ce quartier qui surplombe Genève, est lancé. Trois immeubles sur vingt sont déjà sortis de terre. À terme, 750 logements y sont prévus. Sans oublier le Camembert, situé au sud du stade de Genève. Là, des tours moins haute que celle de l’Étoile devraient s’élever. Elles sont destinées à recevoir des entreprises et des installations sportives. Lancy n’est pas, et de loin, une commune-dortoir. On y dénombre en effet 18 000 emplois – dont près de 90 % dans le tertiaire – répartis dans 1 700 entreprises allant de la PME/PMI à la multinationale.

LÉMAN EXPRESS
La guerre des gares
En 2016, lorsqu’il s’est agi de baptiser les nouvelles gares ferroviaires du Léman Express, les autorités cantonales et fédérales ont voulu gommer la référence à Lancy, préférant la dénomination Genève-Pont-Rouge et Genève-Bachet. Mais la commune s’est rebiffée et a recouru devant les instances fédérales pour contrer le Conseil d’État genevois qui tenait mordicus à écarter Lancy.
C’est finalement la commune qui a remporté le bras de fer en 2018, la Confédération lui donnant raison au grand dam du Canton. “Il a fallu taper du poing sur la table pour obtenir cette dénomination, commente Damien Bonfanti. Cela en valait la peine pour une question identitaire afin que la population s’approprie ces infrastructures. On respecte mieux une chose à laquelle on s’identifie.”
Le cap des 40 000 habitants
“Nous comptons aujourd’hui environ 38 000 habitants et nous passerons allégrement les 40 000 d’ici la fin de la législature, en 2030”, relève Damien Bonfanti. De quoi dépasser Vernier et devenir la deuxième commune la plus peuplée du canton ? “C’est possible, répond l’actuel maire de la commune. En tout cas, je peux vous assurer que ce n’est pas cela qui me motive.” Deux facteurs expliquent principalement ce développement. Le premier est que la commune, qui jouxte notamment la Ville de Genève et Carouge, constituait potentiellement une extension assez naturelle de l’agglomération. Le second tient à la multiplication des liaisons en transports publics dont bénéficie Lancy : quatre lignes de tram parcourent son territoire (les 12, 14, 15 et 17). La commune accueille aussi deux gares du Léman Express : Lancy-Pont-Rouge et Lancy-Bachet. Sans parler des axes routiers importants qui la traversent, ce qui ne va pas sans poser des problèmes liés aux nuisances sonores, au coeur de ces nouveaux quartiers de vie implantés dans une Genève qui s’étend. Le trafic ferroviaire de Cargo CFF a aussi induit son lot de protestations de riverains. En tout cas, en vivant à Lancy, on est par conséquent proche de tout, de la Ville comme de destinations plus lointaines.
Des résistances
La mutation au long cours de Lancy a engendré des résistances, particulièrement des résidents vivant dans des maisons individuelles et des défenseurs du patrimoine architectural et arboré. “Il y a eu de nombreux bras de fer avec l’État”, confirme Christophe Ogi, architecte, conseiller municipal Vert-libéral et membre du comité de Pic-Vert, une association qui défend les propriétaires individuels. Mais aujourd’hui, mis à part le projet de déclassement du plateau de Saint-Georges, qui est gelé, tout ce qui pouvait être déclassé en zone villas l’a été. ”Nous ne sommes pas des “neinsager”, insiste pourtant l’élu. “Au plateau des Marbriers, nous avions proposé en 2005 un plan de quartier alternatif, qui était même plus dense que celui de l’État. Il a été refusé. Résultat, nous avons aujourd’hui des barres alignées d’immeubles et un manque de centralité flagrant”, critique-t-il. Et de citer encore la fronde contre le projet des Semailles, menée dès 2012 avec l’association Les Passereaux. Avec un succès mitigé, puisqu’un seul des quatre plans localisés de quartier concernés a été modifié selon le souhait des habitants.

Le quartier “du quart d’heure”
La commune de Lancy, si elle n’est pas à l’origine des plans d’urbanisation et ne construit pas elle-même (à l’exception des infrastructures publiques comme les crèches ou les écoles), se dit toutefois attentive à ce que les nouveaux quartiers soient de qualité et qu’ils offrent à leurs résidents toutes les prestations essentielles. “Depuis quelques années, nous travaillons à ce qu’apparaissent des quartiers qui soient chacun comme un village, assure Damien Bonfanti. Cela implique la présence de commerces, l’implantation d’infrastructures pour assurer les prestations publiques, ainsi qu’un accent mis sur la mobilité douce. L’objectif est de créer ce qu’on appelle des quartiers du quart d’heure, dont l’offre à disposition couvre les besoins essentiels de leurs habitants.”
Reste que la commune ne peut pas décider seule de l’implantation de commerces. Pont-Rouge, par exemple, manque d’une simple boulangerie et le quartier d’affaires éponyme est désert le week-end. Dans un autre sens, la commune a mis le paquet pour favoriser les liens sociaux dans ce quartier qui compte 70 % de logements d’utilité publique.
Le centre se déplace
La commune a renforcé les compétences de son administration en matière d’aménagement et d’urbanisation. Elle ne comptait qu’une seule urbaniste en 2015, ils sont aujourd’hui quatre. Huit autres collaborateurs spécialisés sont affectés aux espaces publics, à la mobilité et au développement durable. Pour Damien Bonfanti, ce renforcement était indispensable : “Aujourd’hui, Lancy est devenue incontestablement urbaine. Elle le sera encore plus lorsque l’aménagement du PAV – qui borde la commune le long de la route des Jeunes – sera réalisé, car le centre de l’agglomération genevoise va se déplacer vers nous.”
GLACE
Le Trèfle-Blanc, un projet sportif et commercial

Lancy devrait accueillir la future patinoire du Trèfle-Blanc. Elle sera dotée d’un parking relais de 928 places et de 20 000 mètres carrés de surfaces commerciales.
À l’horizon 2030, la patinoire du Trèfle-Blanc ainsi qu’un parking relais de 928 places et 20 000 m2 de surfaces commerciales devraient être inaugurés au sud de la commune, à deux pas du quartier lancéen flambant neuf de la Chapelle, bâti au-dessus de la gare du Lancy-Bachet. L’enceinte sportive accueillera les matchs du Genève-Servette Hockey Club sur une de ses deux surfaces de glace, de même que, potentiellement, 8 500 fans.
Si le conditionnel est de rigueur, c’est que le crédit cantonal de construction de 270 millions de francs que le Conseil d’État a soumis début juillet 2025 au Grand Conseil est évidemment susceptible d’être attaqué par référendum. La messe n’est pas dite, mais le projet ne part pas sans chance de se réaliser. Le territoire lancéen s’inscrirait dès lors encore davantage sur la carte sportive cantonale puisqu’il abrite déjà le stade de Genève, fief du Servette Football Club. Parmi les enceintes sportives qui attirent loin à la ronde, on peut encore citer la piscine de Marignac (classée monument historique), au Grand-Lancy.
Commerces pour La Chapelle - Les Sciers
“Le Trèfle-Blanc est un très gros projet qui représente pour Lancy une occasion de mieux répondre aux besoins d’une partie de la population, relève Damien Bonfanti. Le quartier de La Chapelle - Les Sciers, qui est à proximité, manque en effet de surfaces commerciales. Le nouveau complexe devrait combler ce manque. De plus, notre intention est d’utiliser certains espaces créés comme des places publiques. Par exemple pour des marchés ou des événements. Nous souhaitons également intégrer à Trèfle-Blanc une bibliothèque et une salle polyvalente.” La mobilité est l’autre grand enjeu pour la commune. “Nous ne voulons pas que tous les spectateurs des matchs viennent en voiture, profitant du parking relais qui n’est pas fait pour ce type d’usage, poursuit notre interlocuteur. La gare du Bachet est à deux pas, de même qu’un arrêt du tram des lignes 12, 15 et 17. Tout doit être fait pour que les amateurs de hockey privilégient les transports publics. Nous serons fermes sur ce point.”
Article tiré
du N°
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